Alexia, créatrice du podcast Joyeux Bazar sur les identités plurielles

Peux-tu te présenter, ainsi que ton parcours ?

Je m’appelle Alexia, j’ai 37 ans, et je dirais pour me décrire que je suis quelqu’un qui a toujours été à cheval entre les cases : à l’école, j’étais à la fois forte en maths et en français et j’ai par ma double culture française et camerounaise fait des allers-retours géographiques et émotionnels entre mes deux ports d’attache. Après avoir commencé ma carrière du côté des chiffres, j’ai inversé la tendance en passant il y a quelques années aux lettres, dans un souci de renouer avec l’écriture qui a toujours été une passion pour moi. De mots en mots, je me suis retrouvée à tendre le micro à des personnes sur les questions d’identités plurielles. Je me débattais avec la mienne et je voulais savoir comment faisaient les autres. Je me disais que mon témoignage, plus celui de tous les autres, pourrait être une source utile pour mes enfants dans quelques années. J’ai d’abord créé le podcast Joyeux Bazar en parallèle de mon métier de l’époque. Depuis quelques mois, j’investis davantage dans le projet, avec pour objectif de parler d’identités plurielles non plus uniquement par le biais de personnes interviewées l’une après l’autre, mais de parler aussi à des collectifs, dans des lieux de vivre ensemble, pour poser ces sujets qui sont de plus en plus présents dans l’actualité.

Pourquoi as-tu fait ce choix d’engagement ? Quelles sont les convictions qui te portent au quotidien ?

J’ai la conviction profonde qu’il existe des passerelles entre nous tous et nous toutes. Le sujet n’est pas tant de créer ces passerelles, mais plutôt de les voir et de les activer. Aller voir, chercher et questionner ce qui nous ressemble est un effort, mais qui en vaut la peine, pour des raisons qui peuvent être cyniques, comme la productivité en entreprise, ou écologiques avec la réalité que nous vivons tous sur une même planète avec des ressources limitées, etc… Une autre raison, plus personnelle, c’est que je me suis rendu compte que je vivais beaucoup mieux quand j’étais moi-même en paix avec les autres.

J’ai par ailleurs une grande fascination pour le fait « d’habiter la frontière », cet état d’entre deux difficile à qualifier. Pour moi, c’est une façon d’aller interroger le « en même temps », qui est un champ infini de questionnement, mais aussi d’apporter de la nuance et de la complexité à notre monde. J’ai la conviction forte que notre monde manque cruellement et a un immense besoin de complexité. Créer ces espaces du temps long, de l’hésitation sur les mots, des phrases trop longues apporte cette complexité dont nous avons, à mon avis, collectivement besoin. Je me sens aujourd’hui appelée par le fait de créer et de proposer cet espace-là.

Quel regard portes-tu sur le monde d’aujourd’hui ? et sur le monde de demain ?

La première chose qui me vient, c’est que nous vivons dans un monde où l’on consomme de l’information dans des bulles hermétiques. Sur les réseaux sociaux, on suit principalement des personnes qui partagent nos idées. Je reçois régulièrement des messages de personnes qui me disent qu’elles ont été sensibles aux messages que je véhicule par Joyeux Bazar, à titre personnel ou parce qu’ils leur font penser à une personne de leur entourage. Des personnes, donc, qui sont arrivées à moi avec un certain degré d’ouverture pour que mes messages passent. C’est agréable et valorisant.

Mais je me pose toujours la question de « comment aller chercher les autres ? ». C’est une question qui me travaille beaucoup, et particulièrement en ce moment. Récemment, sur les réseaux sociaux, dans les commentaires d’une personne que je suis, quelqu’un avait posté « rentrez chez vous ». Ce sont des commentaires qui m’anéantissent. Je ne découvrais pas que des personnes, vis-à-vis de personnes noires, pouvaient penser ou écrire de pareilles choses. Mais je prenais une fois de plus conscience de l’existence de ce mur, de cette incapacité à s’ouvrir à l’autre, avec toujours cette même question : comment aller chercher et aborder les personnes qui ont des idées si éloignées des nôtres ?

Comment comprends-tu la notion de vivre ensemble ?

J’avais été marquée par un cours de négociation en 1e année d’études. Le prof nous avait alors parlé du postulat de rationalité, selon lequel il faut toujours partir du principe que la personne en face de soi tient forcément ses propos sur la base d’une logique, quelle que soit la situation.

En revanche, la condition pour approfondir cette logique qui n’est potentiellement pas la tienne, c’est qu’il faut du temps, et que chacune des parties ait le temps et l’envie d’échanger, de s’entendre et de se comprendre mutuellement. Pour qu’il y ait un dialogue, il faut qu’aucune des parties ne se sente menacée ou culpabilisée. Il faut être capable de venir quasiment sans a priori, ou en tout cas avec une envie sincère d’écouter l’autre dans ce qu’il a à nous dire.

Ecouter l’autre, sans a priori avec une vraie volonté de l’entendre, c’est à la fois une définition et une condition absolument essentielle du vivre ensemble. Rechercher à chaque fois ce qui nous relie. Passer le premier mouvement du jugement rapide face à un comportement. Essayer de comprendre les raisons qui provoquent ce comportement, et ne pas le prendre pour soi.

C’est aussi aller chercher ce qui nous relie, nous rassemble. Pas tout le temps, pas systématiquement parce que sinon ça devient une injonction impossible à relever. Et tout particulièrement quand on a grandi entre plusieurs cultures, avec une faculté naturelle à s’adapter. Mais malgré tout en faire un élément cardinal, et tenter d’aller chercher le lien partout où c’est possible. En plus, on a souvent de bonnes surprises !

Qu’est-ce que ton podcast t’a appris ou apporté du point de vue du vivre ensemble ?

Le plus grand éclairage apporté par mes invités a certainement été la dimension systémique du sujet du vivre ensemble. J’ai personnellement souvent tendance à regarder les choses par le prisme de l’individu. Porter un regard systémique sur les choses a quelque chose de très déculpabilisant d’une certaine manière. Plutôt que de dire d’une personne qu’elle est raciste, cela amène à réaliser que cette personne vit dans une société raciste, ce qui change tout. Et aussi certains de mes invités qui portaient un regard beaucoup plus positif sur le racisme en France, parce qu’ils ont des expériences d’autres pays, où le sujet est vécu différemment.

J’ai une invitée avec qui nous avons parlé du couple mixte interreligieux formé par ses parents. Elle me confiait les difficultés plus ou moins importantes auxquelles elle avait pu être confrontée dans sa vie, mais aussi du moment où elle a commencé à assumer son homosexualité, et que ce sujet-là a finalement pris le pas sur tous les autres. Ce sont des moments où j’apprends beaucoup, ce décentrage des sujets multiculturels, avec un éclairage sur des éléments qui peuvent eux aussi impacter profondément nos vies.

Il y aussi eu cette invitée qui a déclaré « je sais qui je suis, je n’ai pas besoin de validation dans le regard de l’autre ». Je crois que personne n’avait été aussi affirmatif dans les épisodes. Entendre cela d’une personne blanche qui se vit comme béninoise m’a été salutaire, et entendre tant de force m’a honnêtement généré une pointe d’envie.

Finalement, je dirais que Joyeux Bazar m’a apporté une ouverture plus grande et plus sincère aux autres, à l’inattendu de la rencontre même brève, à la conversation authentique et empathique. Je suis toujours bavarde – surtout quand le sujet ou la personne me passionne – mais je crois que j’ai une meilleure qualité d’écoute. J’assume ma curiosité de l’autre, je ne la vis plus comme une faiblesse.

Quels sont selon les petits gestes du quotidien que tu mets en œuvre pour un vivre ensemble apaisé ? 

Depuis la création de mon podcast, je dirais que la chose sur laquelle j’ai le plus évolué c’est que je cultive l’art du questionnement. Même si je reste bavarde, je pose consciemment des questions, y compris quand les gens viennent me voir pour avoir des conseils.

J’ai un rapport à la conversation qui a changé. Dans les situations du quotidien, faire les courses, chez le coiffeur, j’ai longtemps été du type à peu parler, à me fermer. Ces derniers temps, j’ai plus de facilité à créer du lien. Même s’il s’agit des trois minutes de conversation sur la météo, la lenteur du service, il se passe quelque chose, on finit souvent sur un sourire qu’on emporte avec soi et qui nous fait du bien, parfois longtemps.

Je travaille beaucoup aussi l’idée de se mettre à la place de l’autre. Plus qu’avant, j’essaie de regarder une même situation sous des angles différents, de proposer différentes hypothèses. Y compris quand une situation m’est relatée, je peux être le poil à gratter, l’empêcheuse de tourner en rond qui propose des éclairages différents.

Quels sont tes principaux projets en cours et à venir ?

Je ne suis pas vraiment en mode « projet » en ce moment. Je dirais davantage que je suis dans une période où j’ai envie de faire une folie : celle d’aller faire parler des personnes qui travaillent côte à côte toute la journée, mais qui n’ont souvent aucun espace pour exprimer leurs idées sur des sujets de fond, et encore moins en débattre avec leurs collègues. J’ai envie de créer ces espaces de parole, de favoriser ces échanges.

Je veux aller semer cette graine de l’échange dans un endroit aujourd’hui encore assez aride qu’est le monde du travail, bourré de contraintes et d’obstacles de tous ordres rendant impossibles ce dialogue vrai et profond. C’est ma folie du moment 😊

Régis – défricheur, activiste, bâtisseur et co-constructeur d’une autre société à Nantes

Peux-tu te présenter, ainsi que ton parcours ?

Je m’appelle Régis Contreau, j’ai 39 ans et un enfant de 7 ans. Je me définis aujourd’hui comme un défricheur, activiste, bâtisseur et co-constructeur d’une autre société à Nantes. J’ai travaillé dans le secteur de l’énergie depuis mes 17 ans, l’âge auquel je suis rentré chez EDF-GDF en apprentissage. J’ai commencé sur le terrain, puis j’ai suivi des formations internes pour devenir ingénieur en 2007. J’ai occupé des postes divers dans l’entreprise, par exemple au sein du centre de recherche. Aujourd’hui, l’une de mes activités est encore chez GrDF où je suis chef de projet dans l’innovation. Je travaille sur l’usage de l’énergie : les low tech, la création de communautés énergétiques, l’autonomie énergétique des territoires ou la décarbonation du gaz, avec l’arrivée de l’hydrogène dans les réseaux.

Par ailleurs, je suis très actif dans différents mouvements que l’on appelle « citoyens », et dont l’idéologie politique relève du municipalisme. Cette idéologie consiste à se dire que l’organisation de notre société et de ses institutions est défaillante, et qu’il faut créer d’autres institutions, réinventer notre modèle de démocratie. Imaginer un mode de fonctionnement différent, dans lequel les populations, de manière équitable, écologique et solidaire, puissent ensemble prendre des décisions et se réapproprier leurs besoins de base. Je suis notamment actif dans un mouvement qui s’appelle Nantes en commun. Je suis également co-fondateur et président d’une association de réappropriation de l’énergie qui s’appelle Energie de Nantes. Et sinon je donne un coup de main à un certain nombre d’associations et de collectifs dont la liste serait trop longue à faire ici 😊

Pourquoi as-tu fait ces choix professionnels et d’engagement ? Quelles sont les convictions qui te portent au quotidien ?

Je dirais spontanément c’est dans les tripes que ça se joue ! Aujourd’hui, si je n’ai pas cet équilibre, ce sens, et ce sentiment de faire des choses dont je sens qu’elles sont importantes pour le monde, je ne suis pas bien.

Depuis longtemps, je réfléchis aux différents enjeux de notre époque : les enjeux écologiques, les inégalités criantes, les rapports de domination nombreux dans notre société, que ce soit des hommes envers les femmes, les hommes envers la nature et les animaux, des personnes envers d’autres en fonction de leur couleur de peau. Il y a plein de choses qui marchent de travers, et franchement, ça me met ultra en colère. J’essaie de faire quelque chose de constructif de cette colère. J’ai la conviction aujourd’hui que le changement ne viendra pas des entreprises, ni de la classe politique actuelle. Je pense que malheureusement, notre modèle de société, de vivre ensemble, notre modèle économique, de rapport à la nature, ont été trop influencés par le capitalisme, qui génère des impacts colossaux et laisse plein de gens sur le carreau. Je choisis donc de ne plus participer à ça, de m’engager autrement, quitte à réduire mes besoins, mon confort.

A titre plus personnel, je pense que dans le futur, on va avoir à faire face à des crises dont la pandémie actuelle n’est qu’une répétition, et que pour faire face à ces crises, nous allons avoir besoin de collectif. Ce que je fais avant tout par le biais de mes engagements, c’est de créer des collectifs et des communautés d’entraide, qui créent des liens, qui travaillent ensemble pour créer autre chose, et qui si un jour, on est amenés collectivement à des crises, seront en mesure de s’organiser assez facilement pour s’adapter. Voilà pourquoi je fais tout ça.

Comment comprends-tu la notion de vivre ensemble ?

Pour moi, le vivre ensemble, c’est d’arriver à prendre ensemble des décisions sur la façon dont on veut mener notre vie au quotidien, et ce à différentes échelles : à l’échelle individuelle, par exemple, c’est savoir se sortir du cloisonnement d’une maison ou d’un appartement, pour pouvoir gérer collectivement un immeuble ou un lieu de vie. Et c’est déjà pas mal ! Ça peut aussi vouloir dire : comment on vit ensemble en tant que couple, ou en tant que famille ? Et ensuite, il y a l’échelle plus large, l’échelle de nos quartiers, de nos communes, de nos villes. Et pour moi c’est l’échelle fondamentale, l’échelle où j’ai envie d’agir.

Comment est-ce qu’on fait pour créer du lien et fonctionner ensemble, comment on s’organise à l’échelle d’une ville, comment on se réunit, comment est-ce qu’on prend nos décisions ? Vivre ensemble, c’est ça. Comment on le fait dans le respect de nos individualités, de nos choix individuels, de nos différences ? Sans instaurer de rapports de domination, en faisant en sorte que tout le monde puisse vivre dans une forme de dignité, tout en respectant le bien-être collectif.

Ça veut dire aussi de savoir définir des règles. Assez vite, quand on parle de vivre ensemble apparaît le concept d’horizontalité. C’est un concept très à la mode dans les milieux militants. Sauf que souvent, on le comprend par « tout le monde peut tout faire et tout le monde décide de tout ». Dans la réalité, ça ne fonctionne pas. Pour moi, l’horizontalité, c’est le fait que toute personne puisse prendre la place qui lui semble être la plus juste, et qui semble la plus logique en fonction de ce qu’elle sait faire, pour un bien-être collectif, en évitant des rapports de pouvoir. Il y a forcément dans une société des personnes qui vont avoir des responsabilités un peu plus lourdes, parce qu’elles ont des compétences plus importantes et d’autres moins. Ça n’est pas grave, et ça n’est pas pour cela qu’il y a une personne qui vaut plus que l’autre. Ce qui est important c’est que chacun puisse occuper sa juste place.

Comment ce vivre ensemble s’exprime-t-il concrètement aujourd’hui dans tes engagements ?

Ce qu’on fait à Nantes en commun, c’est d’abord d’expérimenter ça, et c’est loin d’être toujours facile ! Par exemple, on sort tout juste d’une campagne pour les élections départementales. Quelques mois avant l’élection, on a mis en place un processus collectif pour se poser la question de l’intérêt de se positionner ou non sur ces élections. Au sein de l’organisation, il y a beaucoup de débats. On vote très très peu à Nantes en commun, on préfère se réunir, parler et s’inscrire dans le temps long. En revanche, on peut émettre des objections. S’il y a des choses avec lesquelles tu n’es pas d’accord, parce que tu penses que c’est complètement à l’encontre de la raison d’être du mouvement, tu objectes. Et on discute, jusqu’à lever l’ensemble des objections. Si vraiment, on n’y arrive pas, on vote, mais c’est vraiment rare. Les processus de discussion sont aussi ouverts publiquement, pour que chaque citoyen puisse s’impliquer et donner son avis.

Une fois que la décision est prise d’y aller, on met en place un processus d’élections sans candidat : personne ne se présente, et chacun peut désigner quelqu’un, au sein et en-dehors du mouvement. Pendant la campagne, on a mis en place une organisation inspirée par l’organisation sur les bateaux : il y a le navigateur, celui qui s’occupe de la stratégie et de la campagne, deux capitaines sur la communication et la partie opérationnelle de la campagne de terrain. On avait des matelots, un quartier maître, quelqu’un qui faisait la cuisine, … Derrière cette organisation, ce qu’on fait, c’est qu’on définit des rôles. Personne n’est « au-dessus » de l’autre. On voit bien qu’il y a des différences de responsabilités, mais tout le monde participe à des constructions collectives, il n’y a pas de rapports de domination. Après, même si chacun a son rôle, on est aussi dans une logique d’auto-gestion : chacun doit être alerte et faire preuve d’initiative pour voir ce qui ne fonctionne pas, pour en parler et proposer de l’aide ponctuelle, soulager quelqu’un…

La clé du vivre ensemble, c’est de reconnaître les savoirs, l’expérience ou les expertises de certaines personnes, mais de faire en sorte que ce ne soit pas ces expertises qui décident, et que tout le monde ait sa voix au chapitre dans les processus de décision.

Quel lien fais-tu entre vivre ensemble et altérité ? Est-ce que selon toi toutes les formes de vivre ensemble sont possibles peu importe les différences, ou est-il illusoire de croire cela ?

A mon sens, la question n’est pas de savoir si toutes les formes de vivre ensemble sont possibles, car nous n’allons pas avoir le choix. De plus en plus de personnes vont migrer suite à des guerres, des sécheresses, pour rejoindre des régions du monde plus favorisées.

Je pense que notre culture est très marquée par l’individualisme. Pourtant, il y aurait tellement de sujets à regarder par le prisme du collectif. Par exemple, selon moi, ce n’est pas normal que ce soit des personnes individuelles qui se dévouent pour accueillir des personnes réfugiées chez elles, qui s’impliquent auprès des personnes en situation de rue, … Le bien vivre ensemble fonctionne si on le travaille collectivement sans faire porter le fardeau sur quelques personnes qui sont d’assez bonne volonté pour s’occuper des sujets. Que des personnes ne s’entendent pas à titre individuel, c’est normal, c’est la vie. Mais le vivre ensemble à l’échelle plus globale doit être pensé de façon systémique pour identifier des fonctionnements vivables pour tous. Et qu’il y ait des lieux, des espaces, du soutien pour le faire.

Quels sont d’après toi les ingrédients d’un vivre ensemble apaisé ? Quels sont selon toi les petits gestes du quotidien qui peuvent faire la différence ? 

Etre ouvert et aller vers l’autre. Echanger, expérimenter. Aller dans des squats, y passer une nuit pour se rendre compte. Faire les choses en vrai, vivre le truc. Et c’est pas grave si on se prend des baffes. Le vivre ensemble, ça s’expérimente en vrai. Constater que ça n’est pas facile. C’est normal de trouver ça difficile, ça travaille, ça bouscule. Mais c’est par l’expérience que tu comprends plein de choses.

A titre personnel, quand j’habitais à Paris, j’ai fait des maraudes auprès de personnes en situation de rue. J’arrivais avec plein de préjugés, de clichés. Et avec l’expérience, j’ai vu une autre réalité : que certaines sont des personnes riches, très intelligentes, qui savent plein de choses, mais sont bien souvent des cabossés de la vie, ou avec des problèmes psychologiques insuffisants pour être prises en charge.

Se former aussi. Savoir écouter et la fermer un peu ! Ne pas donner de leçons, se rendre compte qu’on a tous des expériences de vie liées à nos milieux sociaux et à un certain nombre de privilèges, et en être conscient. Se rendre compte qu’il y a certaines situations qu’on ne vivra jamais. Etre conscient aussi qu’il faut laisser sa place dans la prise de décision aux personnes concernées, dans leur quotidien.

Quels sont tes principaux projets en cours et à venir ?

Mon principal projet aujourd’hui c’est Energie de Nantes, une association créée par des membres de Nantes en Commun. Mon rôle dans cette aventure est celui de créateur de liens, je suis la personne qui crée des partenariats pour que l’association grandisse, qu’il y ait des adhérents, … Energie de Nantes, c’est un mouvement de réappropriation de l’énergie par les citoyens et habitants de Nantes et de sa région, et qui va intégrer un fournisseur d’électricité 100% renouvelable, avec des producteurs indépendants situés à proximité de Nantes et géré comme un commun, donc par ses usagers. Les personnes pourront passer du temps au fonctionnement de leur fournisseur d’électricité. Ce qu’on aimerait, c’est créer une communauté, favoriser des entraides et mettre en place des actions collectives pour réduire ensemble notre consommation d’énergie.

Ce projet s’intègre plus globalement dans ce qu’on fait chez Nantes en commun, où on crée une coopérative alimentaire, un café avec pour projet d’en ouvrir d’autres, un projet d’ouvrir un centre de santé communautaire, … Le projet, c’est d’initier une réflexion globale, de désiloter les sujets pour inventer ensemble une nouvelle économie et un nouveau mode de fonctionnement collectif. Montrer aux gens qu’on peut faire différemment, qu’ils peuvent s’impliquer et expérimenter pour faire les choses en vrai.

Maël, infirmier en psychiatrie

Peux-tu te présenter en quelques mots ainsi que ton parcours ?

Je m’appelle Maël, j’ai 35 ans. Je suis infirmier diplômé d’Etat depuis 2010 et j’ai récemment repris des études en musicothérapie.

Le métier d’infirmier m’intéresse depuis longtemps, j’en parlais déjà au lycée. Après avoir obtenu mon diplôme, j’ai commencé en soins généraux, dans des services différents : médecine interne, maladies infectieuses, médecine post-urgences, oncologie, soins palliatifs, dermatologie, rhumatologie, … Une expérience très variée sur un temps assez court, puisque j’ai rapidement déménagé à Nantes et rejoint un service de psychiatrie dans un établissement public, et je n’en suis pas sorti depuis.

Quand je ne travaille pas, j’aime passer du temps avec ma famille et m’occuper de mes deux petits garçons. J’aime aussi sortir avec des amis et faire de la musique. J’ai eu la chance d’avoir un groupe de musique avec lequel j’ai sorti plusieurs disques et fait des tournées un peu partout en France et en Europe. La musique représente un gros morceau de ma vie aujourd’hui.

Je t’ai proposé cet échange pour que nous parlions de ton expérience d’infirmier en psychiatrie, peux-tu me raconter comment tu as été amené à faire ce choix professionnel ?

Une très bonne amie de mes parents était infirmière en psychiatrie. Quand j’étais plus jeune, elle me racontait souvent ses expériences, et m’initiait ainsi au métier, me faisait découvrir un certain nombre de concepts : psychose, névrose, troubles du comportement… Je posais beaucoup de questions, ça m’intéressait déjà beaucoup. Quand elle parlait du soin, de ses patients, il y avait toujours quelque chose de touchant, d’humain. Elle en parlait avec passion, et elle a réussi à me transmettre cette passion, ce plaisir de faire son métier. Elle était aussi musicothérapeute, un métier qu’elle a exercé en fin de carrière dans un hôpital psychiatrique. C’est une personne qui m’a beaucoup influencé, elle a été mon amarillo en quelques sortes !

J’ai eu la chance de pouvoir faire un certain nombre de stages avec elle. Au lycée, elle m’a accueilli en stage au cours duquel j’avais pu la suivre en musicothérapie. Je n’avais aucune formation en soins à l’époque, c’était la découverte. J’ai ensuite fait d’autres stages avec elle au fil de mes études, après avoir accumulé un peu plus de connaissances techniques. Je l’ai donc côtoyée pendant l’école, avant d’être infirmier, pendant mes études puis après, et ça a été très intéressant d’évoluer avec elle au travers de ces différentes étapes, et d’échanger sur le métier mais aussi des situations de patients.

Quand en 2012, je suis arrivé à Nantes, j’ai eu ce poste en psychiatrie un peu par hasard, d’abord de nuit en accueil long séjour dans un secteur accueillant des personnes souffrant de démence liée à l’âge. J’ai refait un bref passage en soins généraux, en Ehpad et foyer d’accueil médicalisé. On m’a finalement appelé pour une mission en psychiatrie dans l’établissement dans lequel je travaille actuellement, pour notamment accompagner un jeune patient autiste de 17 ans, hospitalisé depuis 2 ans, avec des situations de grande violence et qui mettait en difficulté l’équipe.

Quel est ton travail au quotidien ?

Après être passé par les admissions, je suis dans le même service depuis 5 ans maintenant. On s’occupe de patients « chroniques », qui sont malades depuis très longtemps. Certains ont des schizophrénies résistantes, ont décompensé jeunes et n’ont jamais pu avoir une vie « normale » : avoir un chez soi, se faire à manger, avoir un travail… ça n’est plus possible pour eux. Ils peuvent parfois avoir des délires envahissants, des angoisses massives, des troubles assez importants. Dans mon service, on accueille des personnes de tous les âges, des jeunes nés au mauvais endroit, avec de grosses carences éducatives, affectives, qui ont eu des maltraitances extrêmes. Ils ont pour certains des gros troubles du comportement, de l’attachement, et sont tellement esquintés qu’ils ne pourront jamais vivre en autonomie.

On accueille ces personnes qui sont déjà passées par les admissions, ce qui veut dire que la crise est passée. Elles passent ensuite dans mon unité, l’unité de préparation à la sortie, où l’on fait de la réhabilitation psycho-sociale. Certains sont là depuis très longtemps, et le sont pour encore plusieurs années. Ils attendent une place en foyer d’accueil médicalisé, en famille d’accueil thérapeutique… Pendant ce temps-là, on essaie d’empêcher que l’hôpital soit délétère pour eux, que la routine n’empêche pas les patients de progresser. Notre rôle, c’est de maintenir, stimuler des compétences cognitives, lutter contre la sédentarité.

Certains de nos patients attendent mais ne trouveront finalement de place nulle part. On est aussi une forme de zone d’attente, certaines personnes sont là depuis 15 ans, et attendent simplement une place en long séjour de notre hôpital pour y passer leur retraite. D’autres sont juste de passage, étaient en admission pendant quelques mois le temps de la crise puis un projet s’enclenche assez vite, sur un logement protégé par exemple. Ils viennent chez nous le temps qu’une chambre se libère. Mais ce n’est pas la majorité des patients.

En quoi les patients dont tu t’occupes au quotidien peuvent-ils être qualifiés de « différents » ? Que penses-tu de ce qualificatif ? Comment comprends-tu la notion de « différence » ?

La première chose à laquelle je pense, c’est le regard que les gens portent sur les patients quand on sort avec eux, par exemple en ville. Beaucoup de nos patients portent les stigmates de la maladie, elle est visible physiquement, dans leurs attitudes, dans leur posture, leur façon de parler. Le regard des autres n’est pas forcément malveillant, mais l’on voit que certaines personnes s’interrogent et se demandent ce qu’on fait là. Beaucoup de patients s’en fichent, et ne font pas très attention au regard des autres, ils sont dans leur propre monde.

D’autres patients sont plus touchés par ce regard. Je pense par exemple à un jeune homme qui a été hospitalisé pour des faits graves de violence, et était en soins à la demande d’un représentant de l’Etat associé à un jugement. Ce jeune homme allait bien depuis plusieurs années, mais on ne lève pas ce type de décision du jour au lendemain. Il avait certainement un fond délirant, mais il allait mieux, et voyait les autres jeunes de son âge sortir de l’hôpital, avoir des projets, alors que lui était coincé là. S’il n’y avait pas eu cette agression violente, il aurait pu sortir lui aussi. Sa différence, c’était que les projets ne se montaient pas, il avait peu de perspectives, et certainement un sentiment de différence de traitement de la part de l’institution et de la justice.

Que dirais-tu que cet engagement a provoqué chez toi ? qu’as-tu appris ?

Je crois que grâce à cette expérience, j’essaie de comprendre autrement les personnes qui m’entourent. J’essaie de comprendre leur vie, par quoi elles sont passées pour en arriver là où elles en sont aujourd’hui. 

Quand on fait un métier comme le mien, on prend conscience qu’on ne naît pas tous avec les mêmes chances, le même entourage familial. Notre vie est souvent réussie ou foirée d’avance selon là d’où l’on vient. Dans les services, on le voit : beaucoup de patients sont dans cet état par manque de chance, ils sont nés au mauvais endroit au mauvais moment. A part trois patients qui ont vraiment une maladie neurologique, la plupart d’entre eux ont une maladie qui s’explique par ce qu’ils ont vécu. Cette expérience d’infirmier en psychiatrie m’a fait prendre conscience qu’on ne nait pas tous égaux. Voir les choses ainsi m’aide à ne pas juger l’autre, ses comportements, trop vite.

Comment est-ce que toi, tu vis avec ça au quotidien ? Tu arrives à ne pas être trop affecté par ces situations ?

Je ne sais pas si c’est un fonctionnement psychopathique ou pas mais je cloisonne vraiment beaucoup (rires). L’hôpital est situé à 40 minutes en voiture de chez moi, ma blouse reste dans le vestiaire, sur le trajet j’écoute de la musique, des nouveaux disques, pour penser à autre chose. C’est un temps où j’éloigne l’hôpital, j’éloigne mes patients. Quand je rentre à la maison, je n’ai plus la tête dans mon service. Parfois oui, j’aime bien raconter des anecdotes un peu drôles qui arrivent en psychiatrie aussi, mais j’arrive à m’en détacher.

Les événements qui ont été les plus difficiles à gérer pour moi sont les situations de violence physique, qui se présentent parfois en psychiatrie. Je me souviens tout particulièrement d’une situation où j’ai eu peur pour mon intégrité physique. Ça s’est bien terminé, mais c’est un événement qui m’a secoué pendant un certain temps. Heureusement, en psychiatrie, ce n’est vraiment pas une réalité quotidienne.

Souvent, les copains, collègues, des gens que tu rencontres pensent qu’en psychiatrie, il y a beaucoup de violence, qu’on peut se faire agresser à chaque coin de couloir, mais ce n’est pas vrai. Je n’ai plus les chiffres exacts en tête, mais finalement ce sont bien davantage les patients psychotiques qui sont victimes de nous, les gens dits « normaux » que l’inverse. Si vraiment il y a une agression, c’est qu’il s’est passé quelque chose, c’est qu’il y a eu un mécanisme interprétatif. La personne s’est sentie menacée et a eu comme seule solution de s’en sortir d’attaquer. Les patients dans la psychose sont plutôt dans un repli, dans un retrait, pour fuir la société. Pendant le Covid, le service a été verrouillé, les patients ont été enfermés dans leur chambre. Pour beaucoup, ils ont adoré le confinement : on les laissait ne rien faire, on ne venait pas trop les stimuler, et beaucoup ont apprécié ça.

En quoi dirais-tu que cette expérience t’a changé ?

Je pense que cette expérience a fait évoluer le regard que je porte sur l’autre. Je pense que suis plus apte à trouver des excuses à quelqu’un qui fait des conneries. J’ai développé une forme de tolérance vis-à-vis de l’autre. Si une personne est comme elle est, c’est peut-être la faute à pas de chance, et pas la sienne.

Etre infirmier en psychiatrie m’a aussi permis de développer mon assurance. En psychiatrie, il en faut parfois ! Quand à 25 ans tu te retrouves face à un type de 50 ans, ultra baraqué et super agité, et que tu ne sais pas ce qui peut t’arriver, tu es obligé de trouver une façon de gérer la situation : tu prends une grosse respiration, tu contrôles tes gestes : les mains en évidence, sans être agressif mais tout en ayant de l’aplomb, dans une posture permettant de rentrer en communication avec l’autre. Je pense que ça apporte aussi de l’assurance dans le quotidien, pour faire face à différentes situations.

Pour finir, mon métier m’a aussi appris à travailler sur ma capacité à me défendre, mais sans faire mal à l’autre. Je remercie souvent ma ceinture noire de judo qui m’a été utile plusieurs fois, pour justement faire face à des situations de violence tout en restant respectueux de l’intégrité physique de l’autre. On ne s’improvise pas infirmier en situation d’urgence. Cette capacité à savoir se défendre sans faire mal à l’autre, c’est quelque qu’il faut cultiver. Apprendre à gérer une situation sans fuir mais la contourner pour éviter l’escalade. Avoir une posture neutre et bienveillante, éviter les mains dans le dos, les poings fermés, mais plutôt regarder dans le même sens, se mettre à côté de la personne pour engager l’échange.

Comment fais-tu pour diffuser ce regard « différent » autour de toi ?

J’essaie de transmettre, d’engager la discussion avec n’importe qui qui voudra bien aborder ces sujets. Même dans des discussions de tous les jours, j’aime parler de société, de situations lambda, des choses lues dans la presse. J’essaie de remettre les choses en perspective.

Globalement, je dirais que je pose plus de questions, j’essaie de comprendre une situation sous différents angles. J’essaie d’identifier les troubles potentiels dont la personne pourrait souffrir, pour éviter de juger une situation ou une personne à la va vite. Voir s’il y a un diagnostic, au lieu de stigmatiser une personne uniquement sur la base de ses comportements.

Dans tous les domaines, et en particulier face aux informations que je lis dans la presse, je questionne beaucoup. J’ai pour habitude de recouper les informations pour prendre du recul, mon travail m’a apporté une forme de curiosité.

Quel conseil donnerais-tu à une personne qui souhaiterait elle aussi devenir infirmière en psychiatrie ?

Je commencerais par lui dire de se débarrasser de ses a priori, de ne surtout pas voir le métier d’infirmier en psychiatrie comme un métier qui consiste à fermer et ouvrir des portes, se balader avec son trousseau de clés, et distribuer des médocs et des plateaux repas. Je lui dirais d’essayer de se mettre dans la bonne posture pour s’éclater un minimum, parce qu’il y a beaucoup de possibilités de le faire ! On peut par exemple sortir avec un groupe de patients, aller au resto, voir un concert, faire de la musique ensemble. Le conseil que je donnerais, c’est de trouver des façons de s’amuser en faisant des choses que tu aimes avec des patients, en les combinant avec les objectifs de soin. Quand on arrive à faire ça, tout le monde en ressort gagnant.

Jasmine raconte son stage au Rocher, Oasis des Cités

Peux-tu te présenter en quelques mots ainsi que ton parcours ?

Je m’appelle Jasmine, j’ai 26 ans et je viens de Pau dans le sud-ouest. J’habite à Paris depuis quelques années maintenant et suis consultante en évaluation d’impact social. J’accompagne principalement des associations dans des études qui visent à essayer de mieux comprendre ce qu’elles font auprès des personnes qu’elles accompagnent, de valoriser leur action et de l’objectiver.

Dans la vie, j’aime bien manger, lire, m’occuper de mes plantes vertes et de mon chat (rires). Je m’intéresse à tout ce qui a trait à la culture, le cinéma, les romans, mais aussi à tous les sujets de société et plus particulièrement la protection de l’enfance et les thématiques autour des sortants de prison, l’éducation, l’insertion professionnelle, le lien social. Les sujets liés aux quartiers prioritaires de la ville, aussi.

Je t’ai justement proposé cet échange pour que nous parlions de ton expérience au Rocher, peux-tu me présenter l’association, et me raconter comment tu en es arrivée à la rejoindre ?

Le Rocher est une association qui intervient dans plusieurs quartiers prioritaires de la ville en France. Son projet est de contribuer au lien social dans ces quartiers, par le biais d’activités visant à créer du lien avec et entre toutes les typologies d’habitants des quartiers, pas seulement les enfants ou les personnes âgées isolées. L’idée de l’association est d’essayer de toucher la cellule familiale dans son ensemble, y compris ce qu’on appelle les « grands jeunes », plutôt les adolescents et jeunes adultes. L’association propose des activités en s’adaptant aux besoins qui émergent des habitants, en allant à leur rencontre par le biais du porte à porte. C’est ce qui fait la singularité du Rocher, d’aller à la rencontre des habitants, mais aussi de vivre dans les quartiers puisque la plupart des membres des équipes salariées et les volontaires en service civique vivent sur place, pour le temps de leur mission. L’engagement au Rocher est à la fois un engagement dans le projet, mais aussi un engagement spirituel puisque l’action du Rocher est animée par la foi.

J’ai fait mon stage à l’antenne de Grenoble, dans le cadre de mes études en école de commerce, en 2015. J’avais été attirée par l’expérience immersive que proposait le Rocher, le fait de vivre au sein d’un quartier, les activités proposées aux habitants, avec pour moi la découverte d’un monde que je ne connaissais pas. Je pense que j’ai globalement un intérêt pour les sujets dont on entend souvent parler, mais dont on a du mal à se les figurer dans la réalité : les univers clos, les prisons, les quartiers prioritaires, … On était deux stagiaires en appui de l’équipe avec des rôles assez polyvalents. Dès les premiers jours, on est allés sur le terrain. Au Rocher, on vit d’abord l’expérience, les explications viennent après. C’est assez déroutant, parce qu’une partie du travail du Rocher, c’est finalement d’aller parler aux gens dans la rue ou chez eux, prendre des cafés avec eux. Ce temps accordé aux autres, c’est aussi ce qui différencie le Rocher d’autres organisations.

En quoi les personnes que tu as rencontrées peuvent-elles être qualifiées de « différentes » ? Que penses-tu de ce qualificatif ? Comment comprends-tu la notion de « différence » ?

Finalement, je pense que je peux dire que tout était différent ! Au niveau de l’équipe, c’était des personnes qui avaient fait des études comme moi, on était de la même tranche d’âge. Malgré tout, ce qui nous différenciait, c’était la foi. Pour moi qui n’avais ni pratique ni éducation religieuse, c’était une découverte. On échangeait sur des sujets de sociétés sur lesquels on avait parfois des visions assez différentes.

Concernant les habitants des quartiers, c’était là aussi la grande découverte. J’avais une perception assez floue de la vie dans les quartiers en arrivant au Rocher. Tout était nouveau, je découvrais la réalité des habitants en rentrant dans leur intérieur, leur intimité, en voyant la manière dont ils vivaient. Il y a eu la découverte de la réalité sociale, aussi. Dans la relation avec les habitants, je me suis là aussi sentie « différente » du fait de la religion. Il y avait beaucoup de personnes pratiquantes dans le quartier dans lequel j’intervenais, principalement des catholiques et des musulmans. La foi créait des ponts entre les équipes du Rocher et les habitants. Les discussions pouvaient s’orienter rapidement vers la foi ou la religion, des sujets que je n’avais pas l’habitude d’aborder dans mon propre entourage. 

Que dirais-tu que cet engagement a provoqué chez toi ? qu’as-tu appris ?

Déjà, c’est une expérience humaine forte qui m’a marquée. Malgré la réalité sociale difficile des habitants, j’en garde un très bon souvenir.

Je pense qu’elle m’a permis de faire évoluer mon regard au fil des jours et des semaines. En relisant mes notes que je prenais pendant mon stage, j’ai trouvé certains passages qui m’ont étonnée à la relecture (rires). Par exemple, au début je ne comprenais pas en quoi le fait de simplement parler avec des personnes pouvait être utile pour elles. Je ne voyais pas en quoi cela pouvait être décisif pour les habitants. Au bout d’un mois, j’étais revenue là-dessus : grâce à cette expérience, j’ai compris que pour certaines personnes, notamment celles qui sont très isolées, qui ne parlent pas bien français, qui ont peu d’interactions sociales, ça change vraiment quelque chose que le Rocher soit là.

Ensuite, tout était très flexible dans l’organisation de l’association, je trouvais qu’on perdait beaucoup de temps. Je rentrais en école de commerce, j’avais besoin que les choses soient cadrées, organisées, que le social soit « efficace ». Le temps passant, je me rendais compte que c’était justement ça l’atout du Rocher, d’être présent, disponible, à l’écoute, et de s’adapter aux besoins de l’autre.

Je dirais aussi que cette expérience m’a sortie de ma zone de confort. En arrivant, il y a des choses qui me faisaient peur, parler aux jeunes au pied des tours, ou frapper à la porte d’inconnus. En-dehors de ce cadre-là, je ne l’aurais jamais fait !

Pour finir, l’expérience a bien sûr aussi fait évoluer mon regard sur la vie dans les quartiers, et m’a permis de déconstruire des a priori. Quand tu arrives avec des a priori, c’est trop facile de cocher des cases en te disant que c’est conforme à la réalité que tu attendais. Bien sûr, j’ai parfois constaté un mal être des gens, beaucoup de personnes nous disaient qu’elles voulaient quitter le quartier. Factuellement, beaucoup d’immeubles étaient vétustes, il y avait souvent un rapport conflictuel avec la police. Mais il y avait aussi eu beaucoup d’autres choses qui me permettaient de dépasser mes a priori : j’ai pu échanger avec des habitantes du quartier sur la volonté de certaines personnes ou associations de « sauver » les personnes qui vivent dans les quartiers, et constaté leur indignation vis-à-vis de la manière dont certains peuvent parler de leur lieu de vie, des caricatures qui peuvent être faites. J’ai découvert des parcours de vie incroyables qui imposent le respect, des compétences, une capacité d’accueil qu’on voit peu dans nos entourages. Je ne sais pas si j’ouvrirais grand ma porte à des personnes qui viendraient simplement me rencontrer pour aborder des sujets divers avec moi ! (rires) Même si le Rocher est bien identifié, ça me sidérait que les gens nous laissent si facilement entrer, se souviennent de nous si rapidement, connaissent nos prénoms.  

Qu’est-ce que tu as trouvé de particulièrement difficile dans cette expérience ?

Le plus difficile, c’est quand on tombe sur des situations qui nécessiteraient plus que de « juste parler » avec des volontaires, des bénévoles ou des stagiaires du Rocher. Qui nécessiteraient une prise en charge médicale, thérapeutique, sociale sur les démarches administratives. On avait par exemple des questions de personnes qui se retrouvaient sans papiers, qui devaient rendre des comptes d’un point de vue juridique… Ce qui est déroutant, c’est qu’on arrive au Rocher et qu’on n’a aucune formation de travailleur social. On doit improviser avec des personnes qui sont plus ou moins bien dans leur vie, ce n’est pas facile au fond.

Certains bénéficiaires, souvent très isolés, avaient développé une forme de dépendance vis-à-vis du Rocher. Ces personnes accordaient une place très forte à l’association, peut-être parfois un peu trop. A la fois, c’était incroyable de constater des liens aussi forts entre des bénévoles d’une association et des habitants d’un quartier, et en même temps ça pouvait à mon sens aussi être révélateur d’un problème plus profond, qui ne pouvait être réglé uniquement par l’intervention du Rocher et sa présence.

En quoi dirais-tu que cette expérience t’a changée ?

Cette expérience m’a clairement fait évoluer. Elle m’a marquée, dans la continuité d’une autre expérience de bénévolat dans une communauté Emmaüs à côté de chez moi à Pau, que j’avais vécue quelques années plus tôt. J’avais dormi, vécu sur place, participé tous les jours à la vie de la communauté pendant environ un mois. Ça m’avait fait un effet massue, c’est à ce moment-là que je m’étais dit que je voulais travailler dans un métier avec du sens, en lien avec le social. J’étais profondément convaincue du sens de notre action et ne me voyais plus faire autre chose d’un point de vue professionnel.

Le Rocher a finalement été un rappel de ça, l’investissement au nom du sens du projet, qui a marqué mes choix notamment professionnels par la suite.

Comment fais-tu pour diffuser ce regard « différent » autour de toi ?

J’avais d’abord commencé par partager cette expérience avec les personnes autour de moi. Je ne me suis bien sûr jamais considérée comme porte-parole des quartiers, mais comme peu de gens connaissent la réalité de ces quartiers, que certains sont curieux de savoir comment ça se passe, j’ai fréquemment pu en parler avec des personnes de mon entourage. 

Je ne suis malgré tout pas sûre d’avoir converti des personnes à ma vision des choses (rires). Je me souviens surtout d’avoir partagé un certain nombre d’anecdotes, plutôt sur le ton de l’humour, car je pense que ça fonctionne mieux que d’étaler la misère du monde. J’ai surtout parlé de mon stage au Rocher dans les mois qui ont suivi, aujourd’hui j’interviens davantage dans les débats où j’entends des personnes dire des choses que je trouve à côté de la plaque. Je pense que je me sens un peu plus légitime après mon expérience au Rocher pour aborder le sujet de la vie dans les quartiers.

Quel conseil donnerais-tu à une personne qui souhaiterait elle aussi s’engager dans une expérience telle que celle proposée par Le Rocher ?

De rester ouvert, de tenter des choses, de saisir les opportunités proposées par l’expérience au Rocher ! De se jeter à l’eau, même quand ça fait un peu peur, car il y a vraiment peu de risques de mal faire.

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Pour en savoir plus sur Jasmine et Le Rocher :

Interlude : un article sur l’intégration sociale des femmes migrantes à Malte

Un article écrit par mon amie Anne Sangaré, invitée de la première saison des Histoires d’amarillos, et qui pose des questions à mon sens essentielles : quand une personne ne vivant pas dans son pays d’origine est-elle considérée comme expatriée ? Et quand rentre-t-elle dans la catégorie de « migrante » ? Qu’est-ce qui fait la différence entre les deux ? Et surtout, où sont les points communs ?

Pour lire l’article, c’est par ici.

Thomas et ses voyages au fil de l’eau

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Thomas, j’ai 34 ans et je suis heureux papa de 2 enfants. J’ai grandi dans le sud de la France dans une famille nombreuse et ai ensuite vécu à Lyon puis à Strasbourg pour mes études. Puis, dans le cadre du travail, je suis parti dans plusieurs pays : le Cambodge, le Brésil, le Maroc. Après un retour en France pendant quelques années, je me trouve maintenant à Dakar, au Sénégal, depuis un an et demi, où je travaille dans l’aide au développement, sur des questions d’accès aux services essentiels.

Je t’ai proposé cet échange pour que nous parlions de tes expériences à l’étranger, peux-tu m’en dire un peu plus sur chacune d’entre elles, et pourquoi tu as eu envie de les vivre ?

Ce qui m’a amené à vivre ces différentes expériences, c’est un choix professionnel d’abord. Je travaille sur les questions d’eau potable et d’assainissement, qui m’intéressent tout particulièrement car elles touchent à la notion d’intérêt général, qui m’anime depuis que je suis tout petit. Et car les besoins dans ces pays-là y sont grands. Mon deuxième élément de motivation, c’était ma bibliothèque étant petit, constituée de National Geographic, Okapi, Sciences et Vie : elle m’a fait voyager. Donc un goût marqué pour la découverte et pour le dépaysement.

A 17 ans je suis donc allé étudier à Lyon, puis à Strasbourg. Je suis ensuite parti pour un stage en Amazonie péruvienne. C’était un voyage court, d’un mois et demi seulement, mais qui m’a beaucoup marqué, dans un environnement naturel complètement différent de ce que je connaissais, et une culture très différente de la mienne. Sur le coup, ça m’a grisé, et j’en garde encore aujourd’hui des souvenirs forts, presque des sensations physiques : une sorte de voyage initiatique. Cette expérience m’a surtout donné envie de travailler sur les questions d’eau, à travers le monde et ce voyage a donné le ton de la suite de ma carrière professionnelle.

Ensuite, j’ai eu la possibilité de faire une partie de mes études en Angleterre, puis de partir au Maroc pendant une année. Ce qui m’a beaucoup plu dans cette expérience, c’est l’opportunité que j’ai eue de m’immerger un peu plus dans une culture. Toutes proportions gardées bien sûr, je me suis senti un peu Marocain là-bas !

Je suis ensuite parti quelques mois au Cambodge, toujours pour travailler sur les questions d’accès à l’eau potable. Nouveau choc culturel, nouvelle géographie, nouvelles rencontres. Une culture un peu plus étrangère encore, une distance un peu plus forte avec la culture occidentale et donc un effort d’adaptation un peu plus important, mais là encore ce fut une expérience très riche.

J’ai continué mon chemin en allant m’installer à la Réunion puis à Mayotte quelques années. Puis, après quelques temps à Paris, nous sommes partis avec ma femme au Sénégal, où nous vivons depuis un an et demi.

En regardant toutes ces expériences, je me dis que dans chacune d’entre elles, il y a un rapport à l’eau : un fleuve, la mer. Ça semble être le fil conducteur.

Au vu de toutes ces expériences, quelle compréhension as-tu aujourd’hui de la notion de « différence » ? Que penses-tu de ce qualificatif ?

Je pense que dans toutes mes expériences, j’ai été poussé par la découverte, mais aussi par l’altérité, un mot qui me plaît bien. Depuis longtemps, l’altérité m’intéresse. Quand ado j’ai rêvé de voyager, c’était aussi bien pour des espaces que pour des cultures. Il n’y a rien que j’aime plus que d’être étonné, curieux d’une culture différente de la mienne. C’est un moteur fort, et qui l’est tous les jours. J’aime continuer à être frappé par la nouveauté et la découverte.

Ce qui m’intéresse aussi, c’est la manière dont l’altérité me fait réfléchir à notre société, en France, dans le Monde. Plus les choses avancent, et plus je trouve qu’on analyse trop le monde avec un regard occidentalo-centré, avec des valeurs qui nous sont propres. Ce que j’aime dans l’expatriation, c’est qu’elle déplace la focale, elle me fait regarder les choses autrement, que ce soit sur des sujets anecdotiques ou bien assez sensibles, de foi, de coutumes, qui peuvent crisper en  France. L’expatriation m’amène, je crois, à les regarder avec beaucoup plus de tolérance.

Mais pour trouver l’altérité, il n’y a finalement pas besoin d’aller très loin. L’altérité c’est aussi en famille et on peut aussi être confrontés à la différence dans son environnement immédiat, chez ses amis. Là aussi, il faut se remettre en question, réinterroger ses réflexes, faire des efforts pour les contenir et être respectueux des différences.

Est-ce que tu as des exemples qui te viennent pour illustrer ces changements de regard dont tu parles ?

Je pense que mon principal changement de regard concerne la manière de vivre la foi des autres.

J’entends cinq fois par jour l’appel à la prière du minaret, juste à côté de chez moi. C’est terrible de penser que ce sont aujourd’hui des paroles, des sons qui peuvent être reçus violemment en France, qui peuvent crisper, faire peur en renvoyant aux attentats. Mais c’est un appel à la prière et il rythme la journée comme le clocher de l’église. C’est un symbole de paix au final. Cette année, la fin du ramadan coïncidait avec l’ascension, fête chrétienne. Mes collègues, qu’ils soient musulmans ou chrétiens, se souhaitaient respectivement les fêtes religieuses. Il y a une paix, une cohabitation merveilleuse au Sénégal sur ces sujets-là. Quand je perçois l’actualité française, tendue sur ces sujets-là, et que je vois comment les choses se passent ici, où les familles musulmanes invitent les familles chrétiennes les jours de fête et vice versa, je me dis qu’il est possible de vivre les choses de façon apaisée. Ça appelle à plus de tolérance et de légèreté.

En quoi le fait de vivre l’expatriation en famille change-t-il les choses ?

Quand on a des enfants, on voit un peu le monde à travers leurs yeux, on voit donc les choses autrement. Ma fille grandit avec un petit Sénégalais qui a son âge et qui vit avec nous, donc toute sa vie sera marquée par cette relation. Elle va intégrera probablement une part de double culture, à un âge où restent plutôt des choses de l’ordre du sensoriel que du souvenir profond.

Avec mon fils, qui est en mesure d’analyser et d’exprimer davantage les choses, c’est un peu différent. Je m’attendais à ce que des choses l’étonnent en arrivant à Dakar, et finalement elles sont pour lui totalement logiques ou sans importance. On habite en ville, et devant chez nous passent plusieurs fois par jour des troupeaux de zébus. Pour lui, c’est tout à fait normal, il a intégré très facilement qu’ici, c’était comme ça. J’aime ce regard un peu naïf sur les choses qu’ont les enfants, et qui amène à se demander : mais finalement, qu’est-ce que la norme ? Il y a peu de temps, un an et demi après notre arrivée ici, il a abordé le sujet de la couleur de la peau, et m’a demandé pourquoi nous avions la peau blanche. Ça montre à quel point ça ne lui avait pas du tout sauté aux yeux jusqu’à présent. Une fois qu’il a eu la réponse, il est d’ailleurs passé à autre chose !

Que dirais-tu que ces expériences ont provoqué chez toi ? qu’as-tu appris ?

Je dirais que vivre à l’étranger, apprendre à connaître d’autres cultures et manières de vivre, gomme les certitudes. Ça permet de se reposer des questions que chez nous on considère comme traitées, acquises, avec une « bonne » réponse.

Je crois aussi que ces expériences me permettent d’aborder des sujets différents, dont je parlerais moins facilement en France. Les questions de religion par exemple, si difficiles à aborder sans crispation en France. J’aimerais qu’on soit beaucoup plus tolérants, et c’est aussi cela que m’enseigne la vie ici.

Ces expériences m’ont aussi donné envie de les vivre sur le temps plus long. Pendant une certaine période de ma vie, j’ai fait beaucoup de déplacements courts, pris l’avion, pour passer 2 ou 3 semaines sur place. Je ne m’y retrouvais pas complètement, car je n’avais pas le temps de m’immerger, de toucher la subtilité de la culture locale, d’entrer dans le fond des choses.

Qu’est-ce que tu as trouvé de particulièrement difficile ces différentes expériences ?

Je pense que parfois, on idéalise un peu l’altérité et l’expatriation, mais ce n’est pas toujours facile. On passe régulièrement par des vagues : c’est grisant, et puis c’est fatigant, et parfois on en a marre et ça revient, on redevient grisé et joyeux de ça. Pour tout le monde, l’altérité est un exercice, ça frappe, ça déstabilise. Du coup, on peut parfois en être un peu fatigué. Ça nous renvoie beaucoup de choses en tant que personne, mais aussi en termes de culture d’origine.

Ici par exemple, on n’élève pas la voix, même quand on est très agacé. J’ai pu m’énerver au volant, et c’est mal vu. Venant d’une culture latine, arriver à se contenir est parfois difficile. Il y a le rapport au temps aussi, quand une réunion est prévue à 10h, et qu’elle démarre à 13 ou 14h. C’est agaçant, avec notre regard professionnel européen. Ici, ce retard peut s’expliquer : on attend que tout le monde soit là, même celui qui a un impératif et qui ne peut pas être là à l’heure. Ça parait caricatural mais c’est du vécu.

Dirais-tu que ces expériences t’ont changé ?

Oui je dirais que ça m’a changé. Toutes ces expériences m’ont amené à un niveau d’adaptation assez important. Je pense avoir l’habitude d’être déstabilisé, que les choses ne se passent pas comme prévu. Je suis confronté à de nouvelles situations régulièrement et ai donc appris à me remettre en question, à m’adapter.

Comment fais-tu pour diffuser ce regard « différent » autour de toi ?

C’est un vrai sujet. Une fois qu’on a pris conscience qu’il existait différentes façons de regarder les choses, on a envie de partager ça autour de nous. Apaiser les tensions, montrer que le vivre ensemble est possible. J’essaie donc autour de moi, dans mon univers proche, avec ma famille. Malgré l’ouverture d’esprit importante des membres de ma famille, je passe beaucoup de temps à expliquer que certains préjugés qu’ils peuvent avoir sont faux. J’aime bien déconstruire, petit à petit et de façon parfois un peu provocante, la vision parfois étriquée qu’ils peuvent avoir de certains sujets.

Je le fais aussi dans le cadre professionnel. Et après, il y a des amis que j’aime bien taquiner et que modestement, à mon échelle, j’aime aider à évoluer dans leur perception des choses. Avec eux, je ne suis pas dans le conflit, la provoc, mais j’essaie plutôt de le faire de manière subtile, car ce changement de regard est important.

Quel conseil donnerais-tu à une personne qui souhaiterait elle aussi vivre des expériences à l’étranger ?

Je lui dirais de prévoir de partir longtemps ! Pour son bilan carbone déjà, mais aussi parce que ça prend du temps de se plonger dans une culture, s’immerger. Donc surtout, de prendre le temps.

Peut-être aussi de lire des livres sur la culture, une fois sur place, en parallèle de son expérience de vie quotidienne, parce que c’est souvent très éclairant. Ce qu’on voit dans la rue, un auteur va peut-être en parler très bien et t’aider à comprendre ce qui se joue en profondeur.

Pour finir, d’essayer de venir avec une page blanche, de ne pas trop se faire d’a priori, et d’accepter de se laisser surprendre. Les choses ne se passent jamais comme on l’avait imaginé !