Michaël et son expérience à la Cravate Solidaire

Peux-tu te présenter, ainsi que l’association la Cravate Solidaire ?

Je suis Michaël Cienka, responsable de développement de la Cravate Solidaire.

La Cravate Solidaire est une association qui a 9 ans. Au départ, c’était un projet étudiant qui partait d’un constat simple : pour un entretien d’embauche, il faut répondre à tout un tas de codes, de l’apparence mais plus largement verbaux et non verbaux. L’association collecte des tenues professionnelles pour enrichir un dressing solidaire, dans lequel on va choisir et donner une tenue à une personne qui recherche un emploi, et qui n’a pas forcément les moyens de se l’acheter. Mais pour aller au-delà, on travaille aussi l’apparence, sur l’appropriation par la personne de son image pour reprendre confiance en elle, ou l’appropriation des codes de l’entretien avec une séance de coaching RH, des simulations d’entretiens, et beaucoup d’échanges. On finit par une photo dans un studio professionnel.

La Cravate est aujourd’hui présente dans 12 villes, accompagne près de 3 000 personnes chaque année grâce à une communauté de plus de 1 000 bénévoles.

Comment en es-tu arrivé à la rejoindre ?

J’ai rencontré l’association en 2013 à un moment où je quittais mon poste en banque et où j’avais quelques costumes à donner. L’association était encore assez récente. J’ai à l’époque rencontré l’un des co-fondateurs et une personne qui était alors « point relais ». J’étais juste venu déposer mes vêtements, et on a fini par passer une demi-journée ensemble, à discuter de plein de choses. J’ai trouvé le concept hyper concret, l’équipe hyper dynamique, totalement désintéressée avec juste pour objectif d’aider. Je partais en Ouganda un mois et demi plus tard et j’ai beaucoup pensé à notre échange depuis là-bas. Au bout de 9 mois, parmi les raisons de mon retour en France, il y avait le fait de m’impliquer dans la Cravate Solidaire.

A mon retour, j’ai fait mon premier « apéro Cravate », ma première réunion d’information de bénévoles. En plus, j’y ai rencontré celle qui est aujourd’hui ma femme ! Je me suis impliqué tout de suite dans l’association, en tant que point relais, pour aménager le nouveau local, pour donner un coup de main aux fonctions support, bref, j’ai fait un peu de tout. J’ai réintégré une structure bancaire pendant quelques mois, pour des raisons alimentaires, mais avec une volonté d’allier les deux en m’engageant sur mon temps personnel. Je n’y ai pas trouvé mon équilibre. La Cravate Solidaire a continué à se développer, à grandir, et en janvier 2016 j’ai eu le choix entre une proposition de la banque qui souhaitait me garder, et un poste en tant que salarié de l’association.

Avec du recul, la Cravate Solidaire a donc changé pas mal de choses dans ma vie : elle m’a fait rentrer en France, elle m’a permis de rencontrer ma femme, et c’est aujourd’hui mon métier.

Quel est ton rôle en tant que responsable de développement ?

Je mets en place des partenariats avec des entreprises dans le cadre de leur engagement sociétal, de leur volonté d’impliquer leurs collaborateurs dans des actions qui ont du sens. Je mets en place des partenariats avec des institutions publiques pour accompagner les personnes identifiées comme prioritaires, toujours dans l’idée première de l’association d’être ouverte à tout le monde qui en a besoin, en ayant un critère unique : que les personnes qu’on accompagne soient en recherche active d’emploi. Avec d’autres, mon boulot est aussi d’aller chercher les fonds pour l’association.

En quoi les personnes que tu as rencontrées peuvent-elles être qualifiées de « différentes » ? Que penses-tu de ce qualificatif ? Comment comprends-tu la notion de « différence » ?

Je pense que cette différence est mal comprise parfois. Déjà, si les gens ne sont pas différents, c’est moins intéressant, on est dans l’entre soi. Et même quand les personnes ont le même profil, elles sont par définition différentes, elles n’ont pas le même caractère. Il y a des codes qui font que le comportement va être similaire, mais tout le monde n’agit pas de la même façon.

A la Cravate Solidaire, quand les personnes passent au coaching en image et mettent leur tenue, on entend souvent « tu n’es pas la même personne ». Alors que la réponse c’est justement si, c’est la même personne, c’est juste l’image qu’elle renvoie qui est différente, et le fait qu’elle se sente bien, en confiance, qui a un impact sur le comportement. Mais le fond est le même, au final ce qui est différent c’est la forme.

Une chose qui marque la différence de l’association avec d’autres structures, c’est que quand une personne arrive à la Cravate Solidaire, on ne fait pas de différence entre les permanents, les personnes en stage, celles qui coordonnent l’atelier, les bénévoles et les candidats. Tout le monde est sur le même pied d’égalité, c’est une communauté qui se réunit autour d’un projet commun. Chacun a son propre objectif mais on est tous pareil, tout le monde est traité de la même façon malgré les différences, qu’elles soient sociales, culturelles, … Ça, finalement, on s’en fiche.

Que dirais-tu que cet engagement a provoqué chez toi ? qu’as-tu appris ?

La passion ! Quand tu touches à l’engagement, à quelque chose qui te plaît et te convient, ça éveille une flamme, ça te brûle. Même en étant à des milliers de kilomètres, il avait suffi de 4 heures de café et d’échanges pour que ça ne me lâche pas pendant des mois. Comme je suis quelqu’un de plutôt extrême, c’est tout ou rien.

Ça a renforcé mon engagement, ça a éveillé beaucoup de sens, celui de l’observation, le fait d’être plus à l’écoute de mon environnement, le fait de découvrir le milieu associatif, celui des institutions et des personnes engagées dans ces institutions, qui croient à ce qu’elles font, qui cherchent à faire bouger les lignes. Le monde des fondations, et tout l’écosystème, toucher à l’évaluation d’impact.

Ça a aussi renforcé mon intérêt pour le fait de rencontrer des gens différents. Le fait d’échanger avec beaucoup de bénévoles qui viennent de tous horizons, avec plein de candidats qui ont des parcours très riches et diversifiés. Ça te remet beaucoup les pieds sur Terre, et en même temps ça te fait rêver.

Qu’est-ce que tu as trouvé de particulièrement difficile dans cette expérience ?

L’engagement c’est très prenant. L’aventure qu’on vit est le fruit de beaucoup de travail et ça nécessite donc de faire pas mal de concessions. Avec parfois un peu moins de vie sociale divertissante. On lutte contre les discriminations, on a moins le temps de boire des cafés (rires). Il faut faire attention à garder du temps pour autre chose, ça a un impact sur ta vie privée, forcément.

Au début, ce qui peut être un peu difficile à gérer dans l’engagement, c’est la subjectivité. Tu t’engages parce que tu es plein de convictions, tu rejoins un projet qui te plaît, mais la plupart de ces raisons sont plutôt subjectives. En toute objectivité, toi en tant que citoyen tu sais qu’on ne peut pas forcément continuer dans la voie actuelle, mais au final c’est un jugement. Même si les indicateurs le montrent, c’est ton choix de t’engager là-dedans, et cette subjectivité génère beaucoup d’amour, de bonheur et de passion, mais aussi pas mal de frustration. C’est un travail de fond, ça prend du temps, et tout ne peut pas aboutir tout de suite. Ces frustrations, il ne faut pas trop les écouter, mais plutôt les transformer en essence pour ta flamme, que ça te motive encore plus.

Dirais-tu que cette expérience t’a changé ?

Oui, ça m’a fait évoluer. Cette expérience m’a permis de me recaler avec ce que je souhaitais être et faire depuis longtemps. En même temps, je me suis engagé il y a 7 ans déjà, donc peut-être que le changement est aussi dû au fait de prendre de l’âge, d’avoir eu un enfant, de vivre en couple. Ça aussi ça te fait évoluer, ça recalibre un peu les objectifs.

Je dirais que certaines perceptions de ma vie ont évolué. J’ai par exemple une perception plus flexible de la gravité des choses. J’ai appris à remettre pas mal de choses en perspective. Ça élargit un peu tes épaules aussi. Le fait que la Cravate ait été construite sur un côté complètement désintéressé lui a fait prendre beaucoup d’ampleur, et en tant que porteur de projet, tu te dois aussi de t’impliquer plus. C’est une responsabilité, qui pour ma part est moindre que celle des fondateurs, mais voir l’organisation grossir te fait forcément évoluer par ricochet.

Comment fais-tu pour diffuser ce regard « différent » autour de toi ?

Je suis assez casse-pied comme personne, je remets souvent les choses en perspective (rires). Les mots ont du sens pour moi, et je pense qu’on peut facilement utiliser des termes un peu forts pour qualifier certaines situations. Je vais souvent avoir tendance à remettre les choses en perspective en questionnant les mots, en renommant une situation.

Je vais aussi avoir tendance à lancer un peu plus de débats, confronter les idées c’est toujours très sain et je le fais plus qu’avant sur des sujets sociaux. Moi-même j’aime bien apprendre, sortir de ma zone de confort, j’aime bien échanger sur des sujets que je maîtrise peu en commençant toujours pas « j’y connais pas grand-chose mais j’aimerais en savoir plus » (rires). De fait, ça mobilise l’entourage sur ces différents sujets. Le mien, je l’ai bassiné avec la Cravate depuis des années, mais comme tout bénévole de l’association je crois (rires).

Pour finir, je viens de m’installer dans une nouvelle ville et je m’intéresse un peu à la vie de quartier. J’ai aujourd’hui peu de temps de le faire, mais il se passe plein de choses, ça donne envie d’aller voir, de s’impliquer, de rejoindre des groupes ou des réseaux locaux. J’essaie à mon échelle de rendre des actions visibles, que je trouve cool et qui sont à côté de chez nous. C’est intéressant d’échanger avec des voisins, d’autres personnes de ma ville que je connais peu, avec des points de vue différents. Au lieu de partir dans des débats sur des conflits qui ont lieu je ne sais où, on parle plutôt d’actions locales parce que ça touche plus les gens. Je me rends compte aussi que le sentiment d’appartenance et de fierté local est renforcé par la connaissance qu’il existe des initiatives solidaires dans le coin. Les gens ont envie de savoir et de s’engager à leur échelle en fonction du temps qu’ils ont.

Quel conseil donnerais-tu à une personne qui souhaiterait elle aussi s’engager à la Cravate ou auprès de ses bénéficiaires ?

Envoie un mail ! (rires)

Plus sérieusement, je lui dirais « sois toi-même ». Il y a plein de possibilités pour rejoindre l’association, que ce soit en tant que coach en image ou coach RH, mais on a aussi besoin de personnes qui vont nous aider pour les collectes en entreprise, qui vont nous mettre en lien avec des acteurs du territoire, qui vont être impliqués dans le secteur associatif et nous faire connaître des associations, mais aussi des entreprises ou des institutions. A la Cravate, tu n’es pas obligé de jouer un rôle. Il y a bien sûr des règles à respecter, qui ont été construites avec les bénévoles, mais ce sont des règles finalement assez banales, applicables à tout le monde et dans la vie en général. Et donc tu as la possibilité de ne pas jouer un rôle, d’être qui tu es. C’est hyper bateau, mais c’est ce qui fait que tu vas donner le bon conseil hyper pertinent à la personne que tu accompagnes, tu le transmettras avec passion et ça aura un impact décuplé sur la personne.

Quels sont tes principaux projets en cours ou à venir ?

J’ai le souhait de m’impliquer plus dans la vie locale, et notamment dans une structure qui a été lancée par des personnes du quartier des Alouettes à côté de chez moi. Ils se sont rendu compte qu’il y avait plein d’encombrants, ils ont loué un camion, ils ont tous mis à la déchetterie et ils ont réfléchi à ce qu’ils pourraient faire d’autre dans leur quartier pour améliorer la vie des habitants, créer du lien social. Ce sont des sujets qui me touchent, et j’aime le côté très spontané, sans plan derrière, c’est ça qui est intéressant. Tu peux partir dans une direction ou une autre, la seule chose qui va te diriger c’est de répondre au besoin jusqu’à ce que ça structure, ce qui est la preuve que ce que tu fais convient à la communauté.

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Si vous souhaitez en savoir plus sur la Cravate Solidaire, c’est ici !

Et pour découvrir le parcours de Michaël, le lien vers son profil Linkedin

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